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| Publié le lundi 25 août 2003À propos du temps, qui ne s’est demandé comment définir le moment présent, chacun pour soi ? À quelques reprises je me suis buté contre la question du temps qui file entre les doigts, irréversible, sans pouvoir jamais l’arrêter. Un premier écueil consiste à réduire l’instant présent en un point idéal, imperceptible, sans dimension sur la flèche du temps, coincé entre passé et futur, à la fois mobile et permanent. Il s’agit là d’un instant abstrait. Plus concrètement, chacun pour soi, le moment présent est d’abord une conscience du temps présent. Par exemple, si je dors, je n’ai aucune conscience du moment présent. Dès l’éveil, m’y voilà plongé comme par magie, sans effort, dans le douillet confort des draps du lit. Ma première perception à l’éveil est souvent tactile et, si j’y prête attention, elle se renforce au moindre mouvement. Voilà des ingrédients plus concrets du moment présent natif, saisi dès l’éveil matinal. Jusqu’ici, cette description semble valable non seulement pour moi, mais aussi pour quiconque, de naissance à trépas. Aussi bien pour une compagne de lit, si je la réveille en la caressant. Premier bilan : vu sous cet angle là, le moment présent consiste en une conscience perceptive concrète. Il n’est pas sans dimension. Du seul fait qu’il traverse mon corps et aussi par l’attention consciente que je porte à ses sensations ou à ses mouvements, il prend une certaine épaisseur ou durée minimale, plus ou moins mesurable en psychométrie, à partir de certains seuils. Seconde question : à partir d’un tel moment présent minimal, comment peuvent s’articuler passé et futur ? D’abord la contiguïté du présent au passé passe nécessairement ou logiquement par la mémoire immédiate d’une trace que laisse chaque moment présent qui bascule imperceptiblement dans le passé. On peut ici recourir à la technique du cinéma pour mieux le comprendre : la succession des images paraît continue au spectateur par fusion de l’impression que produit la première sur son œil, avec la suivante et ainsi de suite. De façon analogue, la conscience du moment présent se fusionne avec celle du moment précédent. Ce qui donne à ma conscience perceptive concrète du moment présent une dimension de défilement incessant qui m’échappe comme tel, que je ne peux pas vraiment interrompre. Ensuite, le changement de contenu du moment présent peut varier suivant la vitesse des changements qui surviennent dans l’environnement, ou suivant mes propres déplacements. Dans les deux cas, ce contenu mobile réserve des surprises qui créent des attentes envers quelque nouveauté encore inexistante pour moi. Cette nouveauté inactuelle, je peux actuellement l’anticiper dans une certaine mesure par l’imagination qui entre en contact avec ma perception concrète du moment, comme pour la mettre en question. C’est à ce contact que j’invente, postule ou attend un futur pourtant inexistant. De fait, ce contact du percept avec l’imagination peut dériver d’un besoin corporel à satisfaire et qui requiert l’intervention d’une stratégie appropriée. Tant que l’attente créée par le besoin n’est pas comblée, je situe présentement dans le futur son éventuelle satisfaction. Bref, la conscience perceptive concrète du moment présent s’ouvre sur les deux autres dimensions du temps, le passé et le futur, par le double fait que son contenu sensoriel glisse dans le passé et que le besoin interne de changement crée un appel d’avenir que ma motricité peut éventuellement satisfaire. De cette manière le temps tridimensionnel, présent, passé et futur, possède une structure intégrée à l’organisation du moment présent. C’est un peu ce que Henri Bergson exprimait par un autre cheminement dans une phrase percutante : «Mon présent est, par essence, sensori-moteur», au chapitre III de son livre «Matière et Mémoire» (1896) (1). (1) Tiré de : «Le temps la perception, l’espace et la mémoire», page 40, O.S.Ferrer, Ellipses, 1996.
Par zero • 2003-08-25 11:59:35 Permalien | • Réflexions 2 Commentaires : Commentaire écrit le mardi 26 août 2003 à 14:30:51 (lien) zero Bienvenue à toi, et aux commentaires non tus. ;-) Commentaire écrit le mardi 26 août 2003 à 02:34:36 (lien) Owen Meany - http://owen.monblogue.com Salut Zéro, je viens juste de découvrir ton blogue ... j'ai du retard de lecture à rattraper. Quoi qu'il en soit, je t'ajoute dans mes liens. Longue vie! Ajouter un commentaire |
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